Quand la terre se fait bleue, ou l’art des céramistes

Cet art millénaire en Asie centrale est attesté par l’archéologie des périodes achéménide et grecque mais ce n’est qu’après l’invasion arabe qu’il connaît un véritable essor. Les artisans arabes venus de Bagdad initient des potiers sogdiens aux nouvelles techniques et la glaçure fait son apparition. Sous la dynastie samanide (IXe-Xe siècles), les céramiques à engobe blanc décorées d’élégantes calligraphies koufiques s’approchent de la perfection. C’est sous la dynastie karakanide (XIIe siècle) qu’apparaissent les glaçures bleues, prémisses de l’âge d’or de la céramique sous les Timourides dès l’avènement de Timur à la fin du XIVe siècle. Cet art atteint alors son apogée dans le décor architectural. Les artisans essaieront d’imiter les fameuses porcelaines chinoises bleues et blanches, décorées de dragons et de pivoines. Ce passé illustre de l’histoire de la céramique est une source inépuisable d’inspiration pour les céramistes d’aujourd’hui qui s’efforcent de retrouver les techniques d’antan. La dynastie des Rakhimov, tous céramistes de père en fils, à Tachkent, a reproduit, en les réinterprétant, des modèles de l’époque kouchane et samanide. Aujourd’hui, l’art de la céramique connaît une véntable renaissance grâce aux anciens maîtres qui ont préservé les traditions et qui transmettent aujourd’hui leur savoir. Il existe plusieurs grandes écoles locales de céramique ouzbek, chacune ayant sa spécificité : celle du Ferghana (Richtan et Gurumsaraï), l’école de Samarkand et Boukhara (Samarkand, Urgut, Chakh-i Sabz, Gijduvan, Denau) et l’école du Khorezm (Khiva, Madyr). Parmi les pnncipaux centres de production actuels, nous avons choisi Richtan, dans la vallée du Ferghana, spécialisé dans la céramique à dominante bleue, et Gijduvan, près de Boukhara, spécialisé dans les céramiques polychromes.