La Grande Route de la Soie

 

La Route de la Soie était un réseau de routes commerciales entre l'Orient et l'Occident allant de Chang´an (actuelle Xian) en Chine jusqu'à Antioche en Syrie. La soie est née en Chine il y a 4750 ans. Convoitée par les empereurs, les rois et tous les hauts dignitaires, ces précieux "fils magiques", qui permettaient de tisser de splendides habits et étendards étaient le grand secret des dynasties chinoises des Kin puis des Hans. La soie était alors une matière extrêmement précieuse, dont le secret de fabrication était jalousement gardé par les artisans chinois. La soie a été utilisée pour fabriquer des tissus, du papier, des cordes et surtout c’était comme la devise internationale. Les nombreux souverains payaient leurs mercenaires, les impôts, les ambassadeurs et les dettes avec des rouleaux de soie. Les caravanes partaient de Xian, empruntaient le corridor du Gansu puis contournaient le désert du Taklamakan par le nord au pied des hautes montagnes des Tian Shan ou par le sud au pied des Kunlun; ces deux routes étaient jalonnées de villes et caravansérails: au nord, Turfan, Ürümqi, Karachahr, Koutcha, Aksou, Kashgar et au sud Dunhuang, Miran, Cherchen, Niya, Khotan, Yarkand. À partir de Kashgar et Yarkand, les pistes rejoignaient la Perse ou l'Inde à travers les hautes montagnes de l'Asie centrale (Pamir et Karakourum), puis par la Sogdiane (Samarcande, Boukhara, Merv), la Bactriane ou le Cachemire. Peu de caravanes effectuaient l'intégralité du trajet et les marchandises étaient revendues le long de la route dans les oasis qui sont devenues des centres de commerce très prospères. La notoriété de la soie était également favorisée par le fait que la Chine avait alors une importante activité commerciale orientée vers l’extérieur, en particulier l’Asie centrale et l'Asie occidentale, jusqu’en Perse et en Turquie et en Iran.
Historiquement, on considère que la Route de la Soie a été ouverte par le général chinois Zhang Qian au IIe siècle av JC; l’empereur l'avait envoyé sceller une alliance avec les féodaux de l’Asie Centrale pour lutter ensemble contre les Huns. Alexandre le Grand s’était arrêté bien avant d’atteindre le Turkestan chinois. Les Romains, qui n’étaient pas mieux renseignés, étaient convaincus que les Sères ('peuple de la soie', c’est à dire les Chinois) récoltaient la soie sur les arbres. Les Parthes, les Sogdiens et les Indiens sont devenus rapidement les principaux acteurs dans le commerce de la soie entre l’est et l’ouest, achetant le tissu aux marchands chinois qui l’acheminaient jusqu’à Dunhuang, et le revendant aux Syriens et aux Grecs. Chaque transaction augmentait considérablement le prix du produit qui aboutissait dans l’Empire romain par le biais d’intermédiaires grecs et juifs.
La soie ne représentait qu’une petite partie du commerce effectué sur la Route de la Soie. Les caravanes qui partaient de l’Est vers l’Ouest emportaient de l’or, des pierres et des métaux précieux, des textiles, de l’ivoire et du corail, des épices, de l’aloe, du camphre, des pierres ponces alors que celles qui allaient de l’Occident étaient chargées de fourrures, de céramiques, de cannelle et d’armes en bronze.
L’importance de ces nouveaux liens terrestres entre Orient et Occident se mesurent également aux idées et aux croyances véhiculées par les hommes qui accompagnaient ces caravanes. L'impact des pensées religieuses et philosophiques de l'Inde, de l'Asie Centrale et du Moyen-Orient allait être immense tant en Chine que dans les autres pays de l'Asie; en particulier, le bouddhisme introduit au début de l'ère chrétienne a connu une expansion rapide le long de la Route de la Soie et de nombreuses grottes et monastères ont été construits dans les oasis; l'âge d'or du bouddhisme prendra fin en 845 lorsque l'empereur hostile aux religions étrangères les a interdites. On a du mal à imaginer que des monastères bouddhiques dominaient autrefois la vie culturelle d'Asie Centrale.
Les apports de la Route de la Soie sont énormes: elle a permis de maintenir une culture internationale qui liait ensemble des peuples très divers; elle a eu un fort impact d'intégration dans les régions traversées sur les tribus qui vivaient auparavant isolées; elle a amené le nestorianisme, le manichéisme, le bouddhisme et l'islam en Asie centrale et en Chine. A la religion et à l'art, il convient d'ajouter les technologies: des chinois, l'Asie Centrale n'a pas apparu seulement à couler le fer, mais aussi à fabriquer du papier.
La découverte de la voie maritime par les Portugais au XV siècle (1498) vers l’Orient a diminué le rôle de la route terrestre – notamment la Route de la Soie. Pendant encore des dizaines d’années cette route a été fréquentée par les caravanes jusqu’à ce que la voie maritime la remplace entièrement. Cette découverte a éliminé les acteurs principaux du commerce international. Au milieu du XVI siècle (1560), l’Asie Centrale qui était le pont commercial entre l’Orient et l’Occident n’est plus fréquentée par les caravanes.