Boukhara

 

Boukhara (en ouzbek: Buxoro) est une ville d'Ouzbékistan, située au centre-sud du pays. Elle est située sur le cours inférieur de la rivière Zarafshan, au milieu d'une oasis, à la limite orientale du désert de Kyzyl Kum et porte les prédicats «Noble Boukhara», «Etoile du monde musulman» et «Paradis de l'Orient», qui ont été attribués à la ville par de plusieurs philosophes de différentes époques. C’est un des meilleurs exemples de cités islamiques bien préservées d’Asie centrale du Xe au XVIIe siècle, avec un tissu urbain qui est resté largement intact.

Boukhara était un centre de la science et de l'art, l'artisanat et du commerce pendant de nombreux siècles. La ville avait une position géographique avantageuse au carrefour de la Grande Route de la Soie entre la Chine et l'Inde, de la Perse et de l'Europe. Elle abritait les marchés aux épices, aux bijoux, aux couteaux, aux métaux précieux, aux soies colorées et tissus de coton, tapis, etc.

Bukhara La Sainte a plus de 2500 ans. Elle aurait hérité son nom de vihara, “monastère” en sanskrit. À moins, autre hypothèse, que la racine ne vienne du mot persan boukhar, “source de connaissance”, ou encore du sogdien buxarak, “lieu heureux”. Visiblement, le lieu plongeait déjà les hommes dans un certain état de contemplation.

Plusieurs fouilles et découvertes archéologiques prouvent que cette ville existait avec sa longue et riche histoire toujours au même endroit. Boukhara a survécu à de nombreuses conquêtes et de destruction, mais a poursuivi son développement encore.

Comme toute la Sogdiane, Boukhara tomba aux mains des Achéménides, des Grecs (Alexandre le Grand), des Séleucides, des Parthes, des Kushana et des Sassanides, jusqu'à l'arrivée des Arabes en 710. Un siècle et demi après la conquête arabe, en 873, Boukhara se détache du califat: Ismail le Samanide en fait la capitale du premier État musulman indépendant d'Asie centrale. La conquête arabe modifie la société (création d'une élite de fonctionnaires, primauté du citadin, des biens immobiliers et du commerce sur la terre) et provoque une révolution architecturale : la ville accueille les nouveaux organes administratifs (plusieurs palais, une grande mosquée, des madrasa, des bains). L’importance accordée au commerce crée un modèle urbain : le caravansérail s'installe et les ateliers d'artisans sont transférés des faubourgs à l'intérieur de la ville, les bazars sont couverts.
Sous les Samanides, le commerce prend une ampleur sans précédent. Les esclaves et fourrures du Kharezm, cotonnades, brocarts de soie et de satin de Samarkand, tapis et étoffes de Boukhara sont exportés en Syrie, en Égypte, à Byzance.
Le royaume samanide fait de Boukhara une capitale des sciences, de l'islam et de la culture. Des centaines de madrasa sont construites et accueillent des étudiants venus des quatre coins de l'Orient. Le plus grand génie de son temps, Avicenne, voit le jour en août 980 près de Boukhara, dans une famille persane.

Mais, à l'apogée de la puissance samanide, arrivent des mercenaires turcs. En 999, les Karakhanides, Turcs islamisés du Fergana, entrent à Boukhara et prennent la Transoxiane. Ils détruisent les monuments samanides (sauf le tombeau de l'empereur,), mais construisent de nombreux édifices, dont la mosquée et le minaret Kalan, aujourd'hui emblème de la ville.

En 1220, Gengis Khan engage sa campagne en Transoxiane. Il parvient devant Boukhara en janvier 1220. La ville est défendue par une garnison de 12 à 30 000 Turcs, qu'il élimine jusqu'au dernier.
Quand Ibn Battuta, le chroniqueur arabe, voit Boukhara en 1333, les monuments religieux n'ont pas été reconstruits, la foi est ébranlée.

En 1370, Tamerlan sèmera une destruction plus profonde : il assiège Boukhara pendant 12 jours, puis la détruit en grande partie. Pour faire de Samarkand, déjà mythique, sa capitale, il casse la prépondérance commerciale de Boukhara... qui s'éclipse. Mais tandis que la débauche menace Samarkand, ville des plaisirs, Boukhara prend le devant de la scène religieuse. Les ordres soufis se développent, notamment celui de la Naqchbandiyya, fondé par Chah-i Nagchband.

En 1500, Muhammad Chaybani Khan s'empare de Boukhara en chassant les derniers timourides. Boukhara, la capitale, est propulsée dans un nouvel âge d'or. Le trafic caravanier retrouve de la vigueur grâce à la place stratégique de Boukhara, au carrefour des routes entre Chine et Russie, Inde et Iran.

La prise de pouvoir des tribus turcomongoles sur l'Asie centrale durera quatre siècles, jusqu'à l'arrivée des Russes.

En 1868, le khanat est forcé de reconnaître la souveraineté du tsar. En 1917, l'émir fait massacrer à la gare des bolcheviks venus en train de Tachkent pour le renverser, répondant à l'appel du communiste Khodjaev, enfant de Boukhara. Trois ans plus tard, l'armée Rouge bombarde Boukhara et en prend possession alors que l'émir est parti rassembler une armée. . Incapable de revenir, celui-ci s'enfuit au Tadjikistan puis en Afghanistan, abandonnant son harem. Moscou autorise les révolutionnaires locaux à créer la République populaire de Boukhara, qu'ils déclarent “ indépendante ” de l'Union soviétique.

Depuis 1991, Boukhara est la capitale de la province éponyme dans la République d'Ouzbékistan. Depuis des époques, les dirigeants et les régimes ont changé, mais les anciens monuments dans le centre historique de Boukhara, témoignent encore du passé glorieux de la ville.